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Bitcoin : la monnaie du futur ?

Bitcoin

Impossible d’y échapper, le Bitcoin est sur toutes les lèvres et comme tout concept un peu flou, la tentation est grande de le métamorphoser en épouvantail. Pourtant, derrière une monnaie effrayante pour certains se cache un système complexe et intéressant à plus d’un titre. D’une complexité un peu folle, le sujet mérite que l’on s’y intéresse de très près afin d’en déterminer tenants et aboutissants.

Qu’est ce que le Bitcoin ?

Créée par un certain Satoshi Nakamoto – un pseudonyme masquant une identité jamais élucidée – Bitcoin n’est rien de moins qu’une monnaie électronique décentralisée. En gros, l’émission de la monnaie dépend d’un protocole informatique libre, sur une technologie peer-to-peer.

L’intérêt ? Echapper aux contrôles par les politiciens et les banques centrales en permettant des transactions anonymes, sans passer par les intermédiaires traditionnels. BitCoin n’est donc pas une monnaie réelle au sens palpable du terme mais serait en fait moins virtuelle que nos monnaies actuelles. C’est ce que Philippe Herlin, chercheur en finance et auteur du livre « La révolution du Bitcoin et des monnaies complémentaires » nous explique en affirmant que nos monnaies papier sont désormais basées sur une confiance en train de s’émousser, ceci expliquant le développement des monnaies complémentaires, avec à leur tête le Bitcoin.

Pas si virtuel

Pour Paul Jorion, anthropologue et sociologue de formation, crédibilisé par une expérience de 18 ans dans la finance et auteur du livre « La crise du capitalisme américain », le terme virtuel est trompeur dans tous les cas de figure, toute monnaie étant réelle sinon… elle ne pourrait exister en tant que monnaie. Selon lui, une monnaie n’est d’ailleurs pas forcément basée sur la confiance, le concept étant réservé aux monnaies fiduciaires et non à celles en « dur » (comme l’or). Du coup, on peut alors se demander où se situe le Bitcoin là dedans et Philippe Herlin nous en donne le clés : « comme l’or, le Bitcoin n’a pas besoin d’une banque centrale qui parle en son nom, qui fixe son taux d’intérêt, qui décide de racheter la dette américaine ou grecque en faisant tourner la planche à billets […], ce qui génère de l’inflation ».

De son côté Paul Jorion prévient : « il y a bien un algorithme dans le réseau d’ordinateurs qui gèrent et émettent de nouveaux Bitcoins […] mais il n’y a pour le garantir ni police, ni magistrats, ni geôliers et du coup c’est une proie toute désignée pour les bandits qui la hackeront ». Bien, le Bitcoin serait donc protégé des grandes manoeuvres spéculatives du système financier mais fragilisé par sa nature en échappant à tout contrôle.

Principes et fonctionnements

Pour son activité, Bitcoin a besoin de participants au projet, ceux-là forment alors un réseau fonctionnant via Internet. Sans rentrer dans les détails techniques barbants, signalons simplement que le procédé utilise le principe de la cryptographie asymétrique. Là où l’affaire devient intéressante, et se rapproche alors d’une monnaie en « dur », c’est que l’émission de Bitcoins est… limitée, ces derniers étant « découverts » par les calculs de machines dédiées connectées au réseau.

Concrètement, le nombre de Bitcoin émis ne peut dépasser 21 millions et le rythme sera ralenti au fil du temps, le taux de « découverte » étant volontairement ralenti, un peu comme si, dans une véritable mine, la roche se faisait de plus en plus dure et l’accès à l’or toujours plus compliqué. A priori, le nombre maximum de Bitcoins en circulation ne sera alors atteint que vers l’année 2040, l’émission étant rendue de plus en plus complexe tous les 4 ans. Du côté des participants, et en vulgarisant, plus un utilisateur engagera de puissance machine dans le « minage » plus il aura de chances d’être rétribué en Bitcoins.

Des machines dédiées au minage

Soyons clairs, nos PC, aussi véloces soient-ils, ne suffisent pas pour miner efficacement du Bitcoin et de surpuissantes machines dédiées ont d’ores et déjà vu le jour. La pratique demande d’importants investissements, pas forcément à la portée du premier venu et l’on peut très bien s’en apercevoir en lisant l’excellent billet « Les confessions d’un mineur de Bitcoin », expliquant les difficultés du concept et évoquant des machines dédiées à l’extraction de Bitcoin, vendue près de 15.000$… pièce. Reste que s’il est devenu compliqué de miner, il est toujours possible d’échanger de la monnaie traditionnelle contre des Bitcoin. Pour cela, existent les sites Bitcoin-Central, MTgox ou Bitcoin.de.

Et là, arrive alors l’inévitable question : mais pour en faire quoi ? Philippe Herlin le reconnaît : « très peu de sites ou de commerçants acceptent les Bitcoins » mais ajoute : « il existe une autre façon d’utiliser cette monnaie, vous payez en euros, ils sont convertis en bitcoins, envoyés au commerçant puis reconvertis en euros. L’intérêt ? Des frais de transaction nettement inférieurs aux cartes bancaires ou à Paypal ». Malin.

Mais pour Paul Jorion : « ceux qui préconisent le Bitcoin font un pari : qu’une monnaie fiduciaire peut exister sans Etat pour la garantir », tout en ajoutant : « sans Etat, il n’est pas nécessaire de payer des taxes sur les transactions mais on se prive aussi de la police, des magistrats et des gardiens de prison qui prennent soin de faux monnayeurs ». Reste que pour ceux qui ne seront pas effrayés par les propos du spécialiste, des listes de sites acceptant les paiement en Bitcoins existent comme par exemple store.bitcoin.com, permettant d’accéder à un nombre conséquent de produits électroniques destinés au grand public. On peut également citer l’iconique WordPress qui salue l’ouverture du principe maintenu et géré par la communauté, à l’instar de sa propre plateforme. Et pour ceux qui disposent d’une adresse Bitcoin (par exemple via Kraken ou Coinbase), un petit tour sur Bitvisitor leur propose de visiter des sites pour alimenter leur compte… en Bitcoin.

Forces et faiblesses du Bitcoin

Aspect ô combien important des échanges monétaires, la sécurité tient évidemment une place primordiale dans l’utilisation du BitCoin. Il y a quelques mois, une faille concernant certains « portefeuilles » Bitcoin pour Android était découverte, rendant leur contenu vulnérable et sujet à des vols purs et simples. Une faille par ailleurs reconnue par la Fondation Bitcoin qui s’est empressée de conseiller les utilisateurs d’applications dédiées afin que le problème soit corrigé. Problème, ce n’était pas la première fois que Bitcoin voyait sa sécurité remise en cause : en 2011, un utilisateur de la monnaie électronique perdait l’équivalent de… 500.000 dollars. A l’époque, le malchanceux affirmait même « avoir perdu la foi en Bitcoin », suite au piratage de sa machine.

Faut-il alors ranger Bitcoin dans les oubliettes de l’histoire et passer à autre chose ? D’après Philippe Herlin, non car « le réseau Bitcoin lui-même n’a jamais été pris en défaut », « les hackers ne s’attaquent pas au Bitcoin lui-même, c’est impossible, mais aux sociétés qui font partie de son écosystème (places de marché ou intermédiaires) en essayant de vider leurs comptes ». Le spécialiste en rajoute même une couche lorsqu’il affirme : « les sociétés qui ne sont pas capables de garantir leur sécurité disparaîtront, c’est la loi de la concurrence ». Un avis largement tempéré par Paul Jorion, qui insiste sur la nécessité de contrôle en expliquant : « sans police pour assurer les arrières, on pousse la confiance vraiment très loin ».

Prudence est mère de sûreté

Le réseau serait donc invulnérable mais personnes, machines et autres portefeuilles virtuels pourraient se voir cambriolés grâce aux failles de sécurité. Voilà qui n’est guère rassurant même si les réactions n’ont pas tardé à venir, par exemple du côté de Google, forcé de sortir un patch pour Android quelques jours après la découverte de la faille, afin de protéger ses utilisateurs. Cela veut-il dire que l’on peut désormais utiliser un portefeuille virtuel et effectuer ses transactions sans le moindre risque ? Non, bien sûr, le risque zéro n’existant pas plus qu’ailleurs. Mais, on l’aura compris, le Bitcoin n’est pas le problème, comme un compte en banque traditionnel n’est pas un problème, ce sont les portes d’entrée qui permettent d’y accéder qui restent vulnérables aux attaques.

Un système hors de tout contrôle ?

Dans un article publié par nos confrères du journal Les Echos, l’économiste Pascal de Lima dénonçait le principe de Bitcoin car n’étant sujet à aucune institution financière. En outre, le spécialiste mettait les pieds dans le plat en évoquant le manque de confiance dans les échanges, allant même jusqu’à accuser le principe d’être plus proche du blanchiment d’argent. Une théorie fortement contestée par un Philippe Herlin affirmatif : « c’est la propagande des Etats et des banques centrales, qui n’aiment pas cette monnaie qui échappe à tout contrôle », « l’argent sale circule depuis longtemps et il n’a pas besoin du Bitcoin ! ». Développant l’idée, l’expert ajoute : « et puis concrètement, on ne peut pas acheter des Bitcoins avec de l’argent liquide mais seulement par carte, c’est-à-dire à partir de son compte bancaire, avec de l’argent dont on doit pouvoir expliquer la provenance ». Un raisonnement pourtant mis à mal par l’actuel développement de distributeurs de Bitcoin en échange de cash.

Le système sur lequel il repose est très exposé à être récupéré par des bandits”
Quant à la vision de Paul Jorion sur cette histoire de blanchiment, le sociologue nous met en garde : « c’est sa fragilité, sans protection, le système sur lequel il repose est très exposé à être récupéré par des bandits », « si l’Etat n’est pas là pour y assurer un peu d’ordre – et ses organisateurs refusent par idéologie de s’occuper de cela – c’est une mafia qui remplacera et prendra le contrôle », « ce sont des gamins, je l’ai dit, il y a beaucoup de naïveté dans tout ça ! ». Et si tout cela est un jeu dangereux que faut-il faire ? Aux Etats-Unis un comité du Sénat s’est réuni en août 2013 afin de réfléchir aux principes permettant de réglementer l’utilisation des monnaies électroniques comme le Bitcoin. En Allemagne, les autorités ont officiellement reconnu le Bitcoin comme une « monnaie privée » et indépendante de l’Etat. La démarche n’est pas innocente et permet en fait de donner une existence juridique au Bitcoin afin… de pouvoir la taxer. Dans le sillage de nos amis d’outre-Rhin, Canada et Australie réfléchissent également à donner un statut légal à la monnaie électronique. En France, le sujet n’a pas encore vraiment fait réagir le gouvernement, qui pourrait très certainement le regarder de plus près à partir du moment où d’autres parviendraient à en tirer des avantages financiers non négligeables.

Des banques muettes

Et les banques, qu’en pensent-elles ? Nous avons évidemment cherché à en savoir plus en contactant la Société Générale – symbolique des failles du système financier actuel suite à l’affaire Kerviel – qui nous a gentiment expliqué ne pas vouloir commenter le sujet des monnaies électroniques. Etrange… ou pas tant que ça, si l’on en croit Philippe Herlin, convaincu que « le Bitcoin est un vrai concurrent concernant les paiements et les virements internationaux, deux vaches à lait des banques, ça ne peut pas vraiment leur plaire », « les banques pourraient faire du lobbying auprès des Etats pour freiner le développement de cette nouvelle monnaie ».

Pas vraiment en phase, Paul Jorion pense plutôt qu’il s’agit d’un jeu risqué pour celui qui mettra son argent là-dedans. Pour lui, banques centrales et directeurs de banques traditionnelles peuvent dormir sur leurs deux oreilles, ils ne sont pas menacés de chômage par l’existence et l’évolution du Bitcoin. Difficile donc de savoir qui a raison sans réaction de la part des principaux intéressés mais c’est une constante : les banques restent étonnamment muettes sur le sujet, un silence évocateur ou n’auraient-elles juste rien à dire ? On a du mal à croire que des spécialistes de la finance ne s’intéressent pas à la question.

Les systèmes concurrents

En terme de prix et de capitalisation, le Bitcoin est incontestablement le premier et surtout le précurseur en matière de ce l’on appelle les « crypto-monnaies », il n’est pas pour autant seul sur le marché. En effet, d’autres existent, à l’image de Litecoin, né en 2011 et aux réserves quatre fois plus importantes. Litecoin utilise par ailleurs un autre algorithme (Scrypt) et demande nettement moins de puissance machine pour son « extraction ». Ainsi, il est encore possible d’utiliser la puissance de simples cartes graphiques pour le minage, contrairement à Bitcoin qui, on l’a vu, demande des configurations spécifiques très coûteuses et pas forcément rentables. Quoi qu’il en soit, les Litecoins peuvent d’ores et déjà être échangés contre des Bitcoins. Grâce au logiciel Litecoin-Qt (équivalent de Bitcoin-Qt), l’utilisateur peut obtenir son adresse Litecoin et commencer à « miner » du Litecoin, tant que l’extraction reste possible à moindre coût.

Les alternatives sont nombreuses

Vous en voulez d’autres ? On pourra toujours parler de Crypto-monnaies principales comme l’Ethereum (ETH), Ripple (XRP), Stelllar Lumens (XLM), IOTA (MIOTA) et d’autres qui nous ont sans doute échappées. Toutes reposent plus ou moins sur des systèmes similaires, s’inspirant souvent les unes des autres, avec un nombre fini de « pièces » pour certaines et non pour d’autres, comme Peercoin dont la valeur maximale de 2 milliards a été pensée pour ne jamais être atteinte. De la même manière, Novacoin ne dispose pas de réserve maximale, et l’on se rapproche alors plus d’une monnaie traditionnelle comme l’euro ou le dollar. Reste que ces altcoins sont bien moins développées que le Bitcoin, qui concentre toutes les attentions et se développe vraisemblablement mieux que ses concurrentes.

Une chose est sûre, Bitcoin a donc pris une large avance et devrait préserver son hégémonie pendant encore quelques années tant elle fascine économistes et journalistes spécialisés. Mais difficile d’accès autrement que par l’échange de monnaie réelle, les adeptes du minage qui voudraient « gagner » de l’argent lui préféreront fort logiquement Litecoin, plus à la portée du commun des mortels. Encore faut-il être sûr d’y gagner quelque chose, et comme nous aimons le rappeler le Bitcoin n’est qu’une expérience, n’y investissez que le temps et l’argent que vous pouvez vous permettre de perdre ». Assez logiquement, le conseil vaut également pour les autres crypto-monnaies basées sur des principes identiques.

Quel avenir pour les monnaies virtuelles ?

Reste à savoir ce que vont bien pouvoir devenir toutes ces crypto-monnaies, et en particulier le Bitcoin. La dimension militante du concept – non régulé par les Etats et les banques centrales – n’aura ici échappé à personne. Ce que Philippe Herlin reconnaît quand il dit : « il est vrai que les monnaies complémentaires en général ont une dimension militante, spécialement parce qu’elles permettent de sortir du système bancaire », « les gens ont de moins en moins confiance dans les banques, notamment depuis la crise des subprimes déclenchée en septembre 2008 par la faillite de Lehman Brothers », avant de conclure : « il y a une volonté de se réapproprier les circuits financiers, de comprendre comment l’argent circule, d’où le succès des monnaies complémentaires, dont on en dénombre plus de 5.000 à travers le monde contre quelques-unes seulement en 1990 ».

Un militantisme confirmé par Paul Jorion qui souligne que les porte-paroles du Bitcoin eux-même s’affirment « libertariens », tout en rappelant que les promoteurs du Bitcoin sont – selon lui – « des patrons de boîtes de nuit, des joueurs professionnels de poker etc », « ce qui les intéresse, ce n’est pas la monnaie en soi : ce sont les jeux que le Bitcoin permet de jouer », et d’insister, une fois de plus : « ce sont des gamins facétieux ». Qui a raison, qui a tort ? Difficile à dire mais on est au moins sûr d’une chose, le sujet passionne autant qu’il divise et pose de multiples questions sur nos systèmes économiques. Certains pensent que Bitcoin fonctionne, en prônant l’auto-régulation, d’autres ne croient pas à sa viabilité sans un contrôle appuyé des Etats. Au milieu de tout ça, il reste donc aux citoyens à faire le tri dans les idées et de déterminer s’il convient ou non de participer à l’expérience, soit en minant (à ses risques et périls) soit en passant par la conversion de monnaie traditionnelle en crypto-monnaie à l’aide de plateformes comme Changelly.

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